Movember : La Campagne de Sensibilisation qui Met la Moustache à l’Honneur

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Le mois de novembre ne se résume pas seulement à la chute des feuilles et aux journées qui raccourcissent. C'est aussi le mois du "Movember", un mouvement mondial qui vise à sensibiliser et à collecter des fonds pour la santé masculine. Mais qu'est-ce que le Movember exactement ?

Qu’est-ce que le Movember ?

Le Movember est une campagne annuelle qui encourage les hommes à faire pousser leur moustache tout au long du mois de novembre. L'objectif est de susciter des conversations sur la santé masculine, en mettant l'accent sur la prévention et la sensibilisation des maladies telles que le cancer de la prostate, le cancer des testicules, la santé mentale et la prévention du suicide.

Comment Participer ?

La participation au Movember est simple : les hommes sont invités à se raser de près le 1er novembre et à laisser pousser leur moustache tout au long du mois. Cela devient une toile vierge pour susciter des discussions sur la santé masculine. Les participants, appelés "Mo Bros", peuvent également collecter des fonds en sollicitant des dons de leurs amis, de leur famille et de leurs collègues. Les femmes, quant à elles, sont encouragées à soutenir la cause en devenant des "Mo Sistas" et en contribuant à la collecte de fonds.

Pourquoi une Moustache ?

La moustache est le symbole visuel du Movember et elle sert de catalyseur pour les discussions. Elle attire l'attention, incite les gens à poser des questions et offre aux Mo Bros l'opportunité d'expliquer la raison de leur nouvelle pilosité faciale. C'est une manière ludique et engageante de briser le silence entourant les problèmes de santé masculine.

Sensibiliser pour Changer les Choses

Le Movember ne se limite pas à la collecte de fonds. Il s'agit également de sensibiliser le public aux problèmes de santé masculine. Le cancer de la prostate et le cancer des testicules touchent de nombreux hommes, mais le dépistage précoce peut faire toute la différence. De même, la santé mentale est un enjeu crucial souvent entouré de stigmates, et le Movember cherche à ouvrir le dialogue sur ce sujet.

La Puissance de la Communauté

Le Movember est bien plus qu'un simple rassemblement de moustaches. C'est une communauté mondiale engagée à changer la face de la santé masculine. Les participants partagent leurs expériences, racontent leurs histoires et s'encouragent mutuellement à prendre des mesures positives pour leur bien-être.

En résumé, le Movember est une campagne qui invite les hommes à être proactifs en matière de santé tout en célébrant la virilité de manière positive. Que vous participiez en cultivant une moustache, en faisant un don ou en encourageant quelqu'un que vous connaissez, chaque action compte dans la lutte pour une vie plus saine et plus heureuse pour tous les hommes. Alors, que votre moustache pousse et que les conversations fleurissent !

MOVEMBER : INTERVIEW Dr SEGUI

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Dr Bruno Segui, chirurgien urologue — entretien pour Movember

0:22 Alors, Movember, ça signifie « Mo », moustache, et « November », mois de novembre : c’est la contraction de ces deux mots. C’est un mouvement qui est né en Australie, à Melbourne, en 2003 : ça a donc 20 ans. C’est deux amis, dans un pub, autour d’une bière, qui avaient décidé de relancer le port de la moustache, qui n’était pas du tout à la mode à l’époque. Ils ont pris 30 copains, ils se sont dit : on est 30, pendant 30 jours, on va relancer le port de la moustache. Puis ils se sont aperçus que ça avait un certain écho, et ils se sont dit : on va se servir de cet écho pour servir la cause de la santé masculine. Le but, c’est d’éveiller, de sensibiliser les hommes à prendre au mieux en charge leur santé, à les faire passer un peu dans le « mieux vaut prévenir que guérir ». Ils l’ont associé à la couleur bleue, c’est assez genré. Ça marche beaucoup actuellement chez les jeunes de 20 à 40 ans, et vous voyez des moustaches fleurir partout.

1:08 Alors oui, très nettement. Lors des 20 dernières années, on constate une implication de plus en plus importante de la génération qui arrive, des 20 à 40 ans. Ils sont plus dans une démarche de prévention et de préservation du capital santé que ne l’étaient les septuagénaires et les octogénaires actuels. Les hommes de 70-80 ans qu’on voit actuellement sont plus dans une démarche de guérison : ils ont des symptômes, ils veulent guérir. Ils ne sont pas dans une démarche de prévention. Ces actions de sensibilisation ont été très efficaces, on le constate. On le constate aussi dans la poussée que l’on voit sur la vasectomie : les hommes prennent de plus en plus leur part dans la contraception masculine, notamment cette nouvelle génération qui monte.

1:59 Pour les hommes jeunes, entre 20 et 50 ans, c’est surtout le cancer du testicule qui va les concerner. C’est un cancer assez rare, qui concerne environ 2 500 patients par an, et qui entraîne 80 décès. Dans 95 % des cas, il touche des hommes avant 49 ans. Le plus important, c’est de le détecter par l’autopalpation, qu’il faut prôner lors de ces mouvements : une augmentation du volume du testicule, qui devient dur et irrégulier. Si c’est ça, n’hésitez pas, il faut consulter. Il faut surtout aussi surveiller les hommes qui, dans l’enfance, ont fait l’objet d’une chirurgie de cryptorchidie ou d’ectopie : on les a opérés petits pour descendre les testicules, car ils sont plus à risque.

2:35 Pour la prostate, en revanche — qui, je le rappelle, parce que ce n’est pas évident pour tout le monde, est une petite glande située sous la vessie, de la taille d’une châtaigne, qui sert à fabriquer le plasma séminal ; le plasma séminal, avec les spermatozoïdes qui viennent des testicules, va former le sperme —, cette petite glande, en grossissant avec l’âge, va entraîner une compression de l’urètre, qui va entraîner des troubles mictionnels. Après 50 ans, un homme sur deux va éprouver des difficultés à uriner : le jet va être moins fort, moins puissant, on va aller uriner plus souvent. Ça, c’est une pathologie bénigne, c’est l’hypertrophie bénigne de la prostate. C’est ce qui amène à consulter, alors que, paradoxalement, le cancer, lui, est beaucoup plus sournois : parce qu’il survient sur la coque de la prostate, en périphérie, il ne gêne pas la miction. Donc, pour ce cancer plus sournois, il est conseillé aux hommes, à partir de 50 ans, de doser par une simple prise de sang la valeur de leur PSA, l’antigène prostatique spécifique. La valeur de ce PSA à 50 ans va leur donner un peu leur risque individualisé de développer ou pas un cancer de la prostate dans les 10 ans qui viennent. Il faut recommander aux hommes de 50 ans de demander à leur généraliste ce dosage de la valeur du PSA.

3:46 Alors, concernant le cancer du testicule, le traitement repose sur l’orchidectomie, c’est-à-dire l’ablation du testicule, avec souvent la mise en place d’une prothèse à la place. Cette orchidectomie peut parfois être partielle, mais le plus souvent on enlève le testicule totalement. C’est une annonce difficile à faire, le cancer du testicule, car elle s’adresse à des sujets jeunes. Ça crée souvent un cataclysme, car il s’agit toujours d’un mot assez connoté. Il faut vite leur dire que c’est un des cancers qui se guérit le mieux : le taux de guérison est d’environ 95 % à 5 ans. Il faut vite rassurer la famille, les mamans, les parents. C’est un des cancers qui se guérit le mieux, même au stade métastatique : même des patients qui ont un cancer du testicule métastatique peuvent être guéris. Ça a été une des premières guérisons de cancer métastatique, par les sels de platine. Quand j’étais étudiant en médecine, il y a 25 ans, on nous disait en cancérologie générale qu’un cancer métastasé n’était pas guérissable. Ce n’est plus vrai aujourd’hui : un des premiers cancers solides que l’on a guéris, c’était le cancer du testicule. Les traitements complémentaires, en fonction du type de tumeur trouvé à l’analyse du testicule, peuvent être soit de la radiothérapie, soit de la chimiothérapie, soit une simple surveillance par imagerie régulière.

4:55 Concernant la prostate, il faut savoir que c’est un cancer très fréquent : c’est le cancer masculin le plus fréquent. Il y a environ 60 000 nouveaux cas de cancer de la prostate détectés tous les ans. Il y a actuellement en France 650 000 hommes qui vivent avec un cancer de la prostate. Il entraîne encore 8 000 décès. On dit toujours que c’est un cancer « gentil », qui évolue lentement, ce qui est vrai, mais il tue encore 8 000 hommes par an. Le meilleur moyen d’éviter ces décès, c’est ce dont on parlait tout à l’heure : le diagnostic précoce par le dosage du PSA. Les traitements se sont améliorés à toutes les étapes, que ce soit au moment de la biopsie, du diagnostic, de la chirurgie — qui est moins délétère du point de vue de la continence et de l’érection —, de la radiothérapie, qui est mieux ciblée, et même les traitements des cancers métastasés ont fait l’objet de beaucoup de progrès ces dix dernières années. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’on détecte mieux ces cancers, on les cible mieux, les traitements sont plus personnalisés et de moins en moins délétères pour la continence et l’érection.

5:56 Avant de penser technologie… Les patients sont très friands de technologies, des dernières techniques. Ce qu’il faut surtout dire aux patients, c’est de bien écouter leur médecin de famille, qui va les adresser vers un urologue de confiance, et surtout vers une équipe pluridisciplinaire qui a de l’expérience et qui, à chaque étape de la prise en charge, va apporter de l’excellence et de la pertinence. Ça, c’est le plus important : il faut aller chercher une équipe avant d’aller chercher un moyen technologique. La technologie a été au service de nos idées, de concepts que l’on avait depuis longtemps, et elle a permis de les mettre en œuvre. Pour les biopsies, par exemple, on faisait des biopsies un peu à l’aveugle dans la prostate : l’imagerie par IRM et la fusion d’images nous ont permis de faire des biopsies plus ciblées, qui permettent une meilleure stadification du cancer. Les biopsies se font aussi maintenant par voie transpérinéale. En chirurgie, la technologie nous a apporté, avec la robotique, une meilleure vision — une vision en trois dimensions —, avec des degrés de liberté articulaire qui nous ont permis des dissections plus fines, de mieux comprendre l’anatomie chirurgicale, et cela a entraîné des améliorations sur la continence et l’érection. La radiothérapie, qui est aussi un moyen de traiter le cancer de la prostate localisé, a beaucoup progressé, notamment parce qu’elle est aujourd’hui guidée par l’imagerie par IRM.

7:07 Concernant notre équipe à la clinique Saint-Jean, on a la chance d’avoir une direction audacieuse, qui nous fait confiance, parce que ce sont des investissements lourds en termes financiers. On peut donc proposer à nos patients des biopsies ciblées par voie transpérinéale : on est une des rares équipes de la région à pouvoir le faire. On a évidemment le robot Da Vinci. On a aussi la possibilité de traiter les cancers de la prostate localisés par ultrasons focalisés de haute intensité, avec l’appareil Focal One. Et nous avons bien entendu un réseau multidisciplinaire qui nous permet d’offrir la meilleure prise en charge à chaque étape à nos patients, notamment des hospitalisations de jour qui permettent de bien expliquer, avec différents intervenants — kinés, diététiciens, psychologues —, pour avoir la meilleure prise en charge possible. Il n’y a pas que la technologie : l’humain est essentiel, et la technologie vient au service de l’humain. C’est très important à comprendre.

8:05 Les conseils que je pourrais donner aux hommes, c’est de ne pas hésiter à en parler : en parler d’abord à son médecin de famille, à son urologue de confiance, et éviter de prime abord les copains, les voisins, Internet. Ce que je voudrais leur dire aussi, c’est que, quand on vous annonce un cancer, sachez que vous n’êtes pas seul. Prenez le temps de digérer la couleuvre. N’hésitez pas à en parler à des associations de patients, comme l’ANAMACaP, l’Association nationale des malades du cancer de la prostate, la Ligue contre le cancer, et une association qui s’appelle Cerhom. Il faut en parler — pas à n’importe qui —, mais n’hésitez pas. Il faut aussi comprendre que, notamment pour la prostate, quand on annonce ce cancer, il n’y a pas de symptômes : on est allé débusquer un cancer sournois, qui ne parlait pas. Vous êtes donc en train de dire à un homme en bonne santé qu’il va peut-être devoir faire l’objet d’une chirurgie ou d’une radiothérapie, qui va avoir des conséquences délétères sur sa continence, son érection, alors qu’il se sent en pleine forme. Je leur dirais donc, à ces hommes : respectez votre tempo, prenez le temps d’avaler l’information, faites confiance aux équipes qui vous prennent en charge. Et, de façon plus générale, je leur dirais que la dignité d’un homme, sa force, son courage au sens large, ne résident pas que dans l’érection et les fonctions reproductives. Ils le savent, mais c’est toujours bien de le leur rappeler.

9:27 Les femmes sont concernées au premier chef. Ce sont souvent les femmes qui nous amènent encore leurs hommes en consultation. Et lors d’une annonce de cancer, comme on vient d’en parler, quand l’homme vous dit « je ne vais plus être un homme », la femme a un rôle capital pour aider son homme à surmonter ce passage. Ce sont les femmes qui donnent la vie, et on a l’impression qu’ensuite, tout au long de la vie, ce sont elles qui gèrent, qui protègent le capital santé de la famille : elles amènent les enfants se faire vacciner chez le pédiatre, elles ont l’habitude d’aller chez le gynécologue. Les hommes de la génération des 70-80 ans que l’on soigne actuellement n’ont pas cette culture-là : ils associent médecin et maladie — « je n’ai pas de symptômes, je ne suis pas malade, et si j’ai un symptôme, je vais voir le médecin pour qu’il me guérisse ». Le rôle des femmes est donc très important ; ce sont d’ailleurs souvent elles les chevilles ouvrières de ces mouvements caritatifs. Je me souviens de campagnes de communication de l’Association française d’urologie, il y a quelques années : on ciblait les magazines et les supports féminins, parce qu’on savait que ce sont les femmes qui allaient amener leurs hommes en consultation. Donc, un rôle capital.